Actualités — 2 juillet 2018 at 23 h 36 min

Ressortie en salle de « L’une chante, l’autre pas » (1976) d’Agnès Varda

31744714Ce mercredi 4 juillet ressort en salle en version restaurée le film d’Agnès Varda, L’une chante, l’autre partdont une partie fut réalisée en Iran, trois avant la révolution. Le film, à la fois chantant, drôle, intime et épique, relate le parcours, de 1962 à 1976, de Suzanne (Thérèse Liotard) et Pomme (Valérie Mairesse) dont les vies accompagnent le combat des femmes en France, de la dépendance au père et au mari en 1962 jusqu’au droit à l’avortement en 1975.

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Dans leur chemin respectif, les deux femmes connaissent des expériences à la fois semblables et différentes, quittant Paris pour Hyères dans le cas de Suzanne ou partant en Iran pour Pomme qui épouse Darius dont elle aura un garçon prénommé Parviz-Guillaume avant de donner naissance à une petite fille, Suzanne, qu’elle élèvera seule. À travers deux décennies, les années 60 et 70, les deux femmes parviennent à s’émanciper selon leur propre idéal qui finissent par se rejoindre. Chacune aura eu deux enfants, l’une avant le mariage, l’autre après. Chacune aura eu recours à un avortement, l’une en étant déjà mère, l’autre avant de le devenir. Il est révélateur qu’elles se retrouvent au moment du procès de Bobigny en octobre 1972, scellant définitivement leur amitié. Elles se tiendront au courant de leur vie par cartes postales. Entre ces deux voix, qui accompagnent le film, apparaît celle d’Agnès Varda.

À la fin du film, la réalisatrice s’interroge sur l’avenir d’une nouvelle génération de femmes à travers Marie, interprétée par sa propre fille : Rosalie Varda, à qui L’une chante, l’autre pas est dédié. Agnès Varda qui avait filmé le début du mouvement hippie en Californie avec Lions Love (1969) filme ici la fin de ce même mouvement en France. Dans les années qui suivront, beaucoup des idéaux défendus par cette jeunesse seront jugés d’un autre temps. On n’en est pas moins frappé par certaines correspondances. Le combat des femmes en Iran aujourd’hui n’est-il pas celui de Pomme et de Suzanne ? La présence de l’Iran dans le film reste un des points les plus troublants.

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L’Iran était dans les années 70 le pays qui comptait le plus d’étudiants à l’étranger. C’est ainsi qu’apparaît le personnage de Darius joué par Ali Raffi que Pomme rencontre à Amsterdam. Leur idylle les mène à Ispahan. S’il est question de sensualité dans leur visite de la Grande Mosquée du Roi, comme le montre le complément de programme Plaisir d’amour en Iran, la caméra de Varda croise le regard de femmes en tchador qui témoignent d’un Iran traditionnel – et anticipent sur une révolution qui n’a pas encore éclaté. On pourrait voir le film comme le reflet d’un temps révolu. Il n’en est rien. La confiance des personnages et la voix de la réalisatrice nous parlent à la fin du film d’une promesse, celle de nouvelles retrouvailles et d’une émancipation universelle, qui reste valable, c’est-à-dire toujours à conquérir, 42 ans après.

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