Projections — 3 décembre 2016 at 22 h 02 min

Projection du film « A Girl Walks Home Alone At Night » (2015) d’Ana Lily Amirpour, Normale Sup, mardi 13 décembre à 20h30

i-am-your-death-0000554-v22n1-body-image-1420474223A Girl Walks Home Alone At Night est-il un film iranien ? Sorti en 2015, réalisé par une américano-iranienne, le film navigue entre les genres comme entre les références, aussi bien persanes qu’américaines, dans une atmosphère vampirique troublante. Film d’horreur parodique, fable tout en symboles comme en virtuosité ironique, il suit les déambulations nocturnes d’une jeunes femme mystérieuse, revêtue d’un tchador noir mais portant un T-shirt rayé et roulant en skate-board.

Cette association unique est à l’image de sa réalisatrice, Ana Lily Amirpour, née en Angleterre de parents iraniens mais ayant grandi aux États-Unis. Comme d’autres cinéastes de la diaspora iranienne, elle est nourrie de culture persane tout en s’ouvrant à des sources multiples. Elle se montre ainsi libre de jouer avec l’esprit  du cinéma américain, indépendant (le film a été coproduit par Elijah Wood et sélectionné au festival de Sundance) ou de série B, brouillant les repères pour mieux plonger le spectateur dans un univers à la fois familier et inédit, celui de Bad City (Shahr-e bad). Si les dialogues sont en persan, la bande son emprunte à la pop rock iranienne (Kiosk, Farah, Radio Tehran) et anglo-saxonne (Federale, Bei Ru) dans une étonnante symbiose.

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À la fois uchronique et dystopique, A Girl Walks Home Alone At Night fait affluer une somme de questions : sommes-nous en Iran ou aux États-Unis ? Avant ou après la Révolution de 1979 ? S’agit-il de la jeunesse iranienne d’hier ou de celle d’aujourd’hui dont les références sont à nouveau très américaines ? À moins qu’il ne s’agisse de la jeunesse ou d’une certaine jeunesse irano-américaine? Ces remarques sont sans doute vaines car le propos du film est ailleurs : dans son regard implacable sur les relations hommes-femmes. L’œuvre porte en effet une dimension de manifeste. Ce personnage de femme-vampire qui se retourne contre la gente masculine ne symbolise-t-il pas les frustrations subies par les femmes iraniennes ? Le tchador, vêtement traditionnel, devient alors une cape de vampire annonçant une vengeance à venir avant de rencontrer sur son chemin une résistance inattendue en la personne d’Arash, jeune homme rêveur qui doit s’occuper de son père toxicomane.

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En effet, respectant la tradition du film de vampire, A Girl Walks Home Alone At Night est aussi une histoire d’amour. Le film revisite avec délice, malice et mordant, les différents thèmes associés au genre : l’humour, l’effroi, la séduction, et emprunte autant au film de vampire qu’au western urbain. Assumant sa mixité, l’œuvre se veut à la fois unique et hommage personnel à différents cinéastes : Jim Jarmush, Francis Coppola, Abel Ferrara, Frank Miller, d’une part, et Dariush Mehrjui et Bahram Beyzaï, d’autre part.

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Pour toutes ces raisons, sa pureté visuelle et ses échanges poétiques, sa légèreté autant que sa mélancolie, sa futilité et sa gravité, son enfermement et son ouverture, A Girl Walks Home Alone At Night nous a semblé représenter une facette singulière de la culture de la diaspora iranienne, parfois écartelée entre plusieurs appartenances et souvent, comme paraît l’être Ana Lily Amirpour, désireuse de jouer avec les codes du pays d’origine, pour inventer ici une sorte de gothique persan.

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La séance, organisée par l’association Pers-ENS, dans le cadre du ciné-club de Normale Sup, aura lieu à 20h30 dans la salle Dussane et sera présentée par Bamchade Pourvali, en partenariat avec Iran ciné panorama.

Ecole Normale Supérieure

Salle Dussane

45 rue d’Ulm

75005

Entrée libre