Actualités — 3 juin 2018 at 17 h 33 min

Sortie en salle de « Trois visages » (2018) de Jafar Panahi

Ce mercredi 6 juin sort en salle le nouveau film de Jafar Panahi, Trois visages, prix du scénario au dernier festival de Cannes, où il avait été sélectionné en compétition officielle. À travers ce quatrième long métrage réalisé depuis sa condamnation, le cinéaste rend hommage à Abbas Kiarostami mais aussi aux actrices iraniennes d’avant et d’après la Révolution.

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Les « trois visages » du titre renvoient, en effet, à trois générations de femmes comédiennes incarnant le passé, le présent et l’avenir de cet art en Iran. C’est par un message vidéo adressé à Behnaz Jafari que commence le film. Une jeune fille, Marziyeh Rezaei, dit sa volonté d’en finir avec la vie, ne pouvant exercer le métier qu’elle souhaite, victime des préjugés de sa famille. L’actrice et le réalisateur prennent aussitôt le chemin du Nord-Ouest de l’Iran, dans la province turcophone d’Azerbaïjan pour découvrir si cette vidéo est authentique. C’est pour Jafar Panahi un retour aux sources, retrouvant la région dont est originaire sa mère. On l’entendra ainsi parler à plusieurs reprises azari de manière hésitante.

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Pendant 24h, nous découvrons l’importance et le paradoxe des images en Iran. Tout le monde reconnaît Behnaz Jafari pour ses films et ses séries télévisées mais personne ne veut entendre parler de l’adolescente qui a envoyé la vidéo, désignée comme une « écervelée » voulant devenir « saltimbanque ». Dès lors, ce qui se jouera entre Shahrzad, célébrité recluse du cinéma iranien, Behnaz et Marziyeh, restera confidentiel derrière les rideaux d’une maison.

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Marqué par le souvenir de Kiarostami, le film renvoie également à un cinéma plus ancien par l’évocation de Shahrzad ou Behrouz Vossoughi, héros de Tangsir d’Amir Naderi dont l’affiche est donnée à voir par un des villageois. Aux trois visages féminins s’ajoutent trois visages masculins : Jafar Panahi se trouve à son tour chargé d’une mission pour le compte du villageois et de son fils. Maniant la mélancolie et un humour teinté d’absurde, le film fait du cinéma le dépositaire des voeux de chacun. Panahi continue ainsi à évoquer l’amour de son art avec la même obstination et détermination que ses personnages.

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