Critiques — 20 novembre 2012 at 20 h 48 min

« Les Derniers jours de l’Hiver » (2012) de Mehrdad Oskouei

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On se souvient sans doute des Enfants de Belleville, le titre français du second long métrage d’Asghar Farhadi, dont une partie de l’action se déroulait au centre de détention pour mineurs de Téhéran, « Shahre Ziba » (Belle Ville). C’est dans ce même lieu que Mehrdad Oskouei a posé sa caméra.

Mehrdad Oskouei est un cinéaste engagé. Les Derniers jours de l’Hiver, c’est l’histoire de sept enfants au sein de cet établissement durant les deux semaines précédant le Nouvel An iranien.

Sept enfants qui portent la douleur de l’avant et l’inquiétude de l’après, sept enfants d’une intelligence fascinante « Moi, je n’ai pas peur de la mort, j’ai peur de la vie », sept enfants qui ont perdu tous leurs repères et qui rêvent de chips et de glace à la vanille.

Quelques plages de silence et de très beaux non-dits que le spectateur saura capter ; ce sont les paroles mûres et adultes des enfants que nous livre le cinéaste.

Une mère qui s’est immolée par le feu, une cousine secrètement aimée et encore plus belle qu’une « moto nickel-chrome », plus de cinq cents moutons volés avec « une classe olympique »… Les Derniers jours de l’Hiver, c’est avant tout un film sur la vie et le monde dans lequel on vit comme il en manque beaucoup aujourd’hui. Un documentaire réalisé sans aucune aide financière mais fait avec le courage et le cœur.

Et puisque « le cinéma, comme la peinture, montre l’invisible » et qu’il est « vingt-quatre fois la vérité par seconde » ; celui qu’ils ont baptisé « tonton Mehrdad », nous montre – avec une étonnante sincérité – ce que personne n’avait réussi à voir.

Le cinéaste a su créer un climat de confiance entre le monde des adultes et celui des enfants. Si les parties de foot, les danses ou les repas ne distinguent pas ces garçons des autres, on est néanmoins frappé par certains de leurs jeux. Jouer aux gendarmes et aux voleurs, ou mettre en scène un procès, n’est pas pour eux une pure fiction mais relève de souvenirs personnels. On pense parfois à Denis Gheerbrant et à son film Grands comme le monde qui s’intéressait à un groupe de collégiens de Gennevilliers.

Ce qui rend le film poignant, c’est le sentiment d’une fatalité qui règne chez certains adolescents estimant que leur vie ne changerait pas même s’ils devaient sortir demain, comme si tout avenir leur était refusé. Le documentaire laisse toutefois entrevoir un espoir, celui d’un nouveau printemps, quand les grilles s’ouvriront sur l’extérieur, et que les poupées ne seront plus un substitut à la présence des êtres chers.

Dans le bus qui les ramène de la Mer Caspienne, les enfants s’endorment. À quoi rêvent-ils ? C’est leur part secrète que le cinéaste respecte. Mehrdad Oskouei vient de terminer un film sur les chiens errants en Iran. Ses documentaires nous montrent la société iranienne sans noirceur ni apitoiement, c’est pourquoi nous ne pouvons que recommander chaleureusement ces Derniers jours de l’Hiver. Vive le cinéma documentaire, et vive le cinéma iranien !

Léa Mandana